lundi 8 mai 2017

Brigitte Savy est partie faire "le grand voyage"


"Brigitte Savy, une artiste libre... ou la dame en rouge et noir" de Valérie Morales.






Une fois de plus, ce blog me permet de faire de belles rencontres... par hasard, au détour d'une conversation, il y a tant à partager...

Ici il s'agit d'une artiste graveur-sculpteur, taille-doucière (gravure en taille douce) comme elle se définissait elle-même, car elle nous a quittés il y a 2 ans.


C'est à la sortie d'une avant-première de spectacle que je l'ai "rencontrée" à travers une de son amie Angela White. Autour d'une table, encore toutes exaltées par la sublime Barbra Streisand que nous venions de redécouvrir, nous "philosophions" à propos des femmes peu ordinaires, ne rentrant pas forcément dans le moule, artistes, souvent mal reconnues ou tard, ou même jamais... 
Et c'est à cet instant précis qu'elle m'a dit : "J'en ai connu une comme ça, dommage, et maintenant c'est trop tard ... car elle est partie... C'était mon amie."
Ces mots m'ont soudain mis les larmes aux yeux. Bouleversée, j'ai promis à la jeune artiste face à moi que, moi, je ne l'oublierai pas.
Et que nous allions lui rendre hommage...

C'est à la suite d'une longue conversation passionnée, pleine d'émotions avec son frère Jérôme Savy, à propos de l'artiste et de la femme qu'elle était, que j'ai écrit cet article.

Le portrait qu'il m'en a fait, ainsi que quelques témoignages de sa soeur Catherine Savy, et Muriel Lecointe, son amie, m'ont laissé la même impression : les descriptions bien que différentes, toutes chargées de beaucoup d'amour, furent unanimes, décrivant une femme libre, généreuse et pardessus tout joyeuse.

Et puis de sa vie, on dit qu'elle était très entourée, tout le temps, jusqu'au bout, avec des liens forts, les partageant avec les personnes qu'elle aimait et aussi qu'elle débordait d'envies et de passions. 

Une artiste précoce

La petite lyonnaise, Brigitte Savy, est née le 16 juin 1955.
Déjà toute jeune elle dessinait en cachette ou presque, traversant la ville pour prendre des cours de dessin à peine âgée de neuf ans. A l'école, contre l'avis de ses parents, on l'encourageait. Il faut dire que très vite on sentait cette frénésie innée, comme une urgence, de créer, de dessiner, avec une justesse étonnante dans son sens des proportions. Ses carnets de croquis étaient magnifiques et d'une grande richesse, foisonnant d'idées plus créatives les unes que les autres.
Alors, malgré son jeune âge, après les cours du soir et avec beaucoup d'avance, elle entra aux Beaux Arts sans le baccalauréat, par dérogation, à l'age de 16 ans. Cela grâce à sa mère, contre l'avis de son mari, aujourd'hui âgée de 89 ans et qui peint toujours de la porcelaine.

Après les Beaux arts, la peinture et les arts plastiques, Brigitte Savy se retrouve comme d'autres artistes, prise au piège d'un mouvement artistique où les supports disparaissaient.
Brigitte, elle, voulait garder son libre arbitre et surtout son propre style.
Est ce pour cela qu'elle se dirigera vers la gravure ?
Le noir et blanc des gravures se prêtaient si bien à l'illustration de sa vision du monde. Un monde manichéen où l'obscurité et la lumière se côtoient sans cesse.
A coups de symboles cachés....

Une militante au coeur vaillant

Oui, c'était une militante. Pas une forcenée, comme certaines femmes qui n'hésitent pas à s'exhiber seins nus. Ni sexiste, ni célibataire endurcie, ayant été mariée pendant douze ans et à nouveau en couple jusqu'au bout avec son dernier compagnon. Simplement désireuse de défendre des valeurs qui lui semblaient justes, équitables.
A sa manière, Brigitte Savy a toujours souhaité défendre le rôle de la femme dans la société... et l'a prouvé, à travers l'art, avec force et courage.

Avec ses armes à elle, dans l'art, elle faisait passer ses messages. "Femen, avant l'heure, se servant des corps nus des gravures pour affirmer un combat contre le sexisme" affirme Jérôme Savy. On retrouve en effet dans ses sculptures masculines avec leurs sexes en érection, sa volonté de s'affirmer en tant que femme artiste dans un monde d'hommes.
Les traits étaient tranchés, vifs, comme martelés,
Son monde était droit juste et équilibré. Et elle le défendait haut et fort.
Encore davantage dans sa lutte pour l'égalité hommes femmes.

Le thème du cavalier Ramplin, vainqueur célèbre des jeux de la Grèce antique, revient souvent, comme une affirmation de sa personnalité de grande battante.

S'inspirant de Michel Ange, elle était en quête de grands formats et le gigantisme de certaines de ses oeuvres semblaient donner encore plus de poids à ses revendications.

Ni obsessionnelle ni artiste maudite, juste déterminée, acharnée même dans sa vision poétique de la véritable femme, portée avec force. De travaux titanesques aux oeuvres reprises et travaillées maintes fois elle déployait une énergie incroyable, menant parfois plusieurs projets à la fois, et ce pendant de nombreuses années..

Curieuse elle avait exploré diverses techniques différentes et utilisait des objets de toutes sortes, issus de la nature, terre cuite, craquelée, ou récupérés dans les déchets rejetés par la production humaine.

"Elle aimait ce contact avec les éléments, la peau, le métal, l'encre. C'est pour ça aussi que la gravure lui plaisait c'était à la fois un jeu, une découverte, et à la fois une volonté farouche de dominer ses éléments, ne pas laisser le hasard s'immiscer dans l'art. Que tout soit maîtrisé, Et quand le hasard se mêlait c'était qu'elle lui avait ouvert la porte. " nous explique son frère Jérôme.

"Les niveaux de gris subtils et innombrables, rajoutaient au discours manichéen toute l'envie d'être au plus près à la fois de l'esthétisme et du fond du discours. 
Que de papier déchirés pour obtenir le bon dégradé, que de pansements sur les paumes de main car peau contre métal était la seul solution pour un rendu exact. Une façon à elle de nuancer le discours tranché, avec toute la sensualité du geste."

Toujours là pour les autres... et les autres pour elle : témoignages

Généreuse et bienveillante, Brigitte Savy, a non seulement passé sa vie a défendre ses convictions mais également à protéger ses proches et amis, toujours présente pour leur apporter son aide, les rebooster en leur insufflant cette belle énergie vitale qui était sienne.
Pour elle-même nul besoin d'aide, pensait-elle, libre et indépendante comme elle l'était et digne.
Pour autant dans la vie, comme dans la maladie ensuite, Brigitte fût toujours très entourée.

Brigitte était très liante et appréciée. Ses amis Muriel Lecointe, Angela White, Ann, son conjoint Joel, sa soeur Catherine Savy, son frère Jérome Savy, son oncle Pierre et sa tante Liliane, tous ses amis artistes, et tant d'autres (Victor et Jocelyne Caniato, Hélène et Richard Jospé, Barbara Weibel et Rouby, Christine Fabre et André LeMauff, sa belle-fille Léa, Jean Antonini et Merette, Jocelyne Girard Besson, Catali Antonini et Stéphane Pelegri ...) qui pourraient eux aussi en témoigner.

"Chacun a son " bout " d’amitié et d’amour de Brigitte. C’est ce qui construit un être humain. Forte et fragile à la fois..." dit son amie Muriel Lecointe.

"L'accompagnement fût à la hauteur des amitiés fortes et tendres qu'elle entretenait"

"Trois jours avant son départ, nous avons été prises par un joyeux fou-rire toutes les trois Brigitte, sa soeur Catherine et moi.... "Elle aimait rire, nous partagions aussi de joyeuses rigolades".

"Brigitte c’était la Vie, la légèreté, la sensualité, la danse comme ces corps qu’elle dessinait, elle aimait la Vie... provoquant avec tendresse, très fidèle en amitié..."

"Nous nous retrouvions souvent pour des fêtes improvisées dans son atelier et c’était toujours des moments de partages festifs gais, bien arrosés et joyeux. Partages mémorables!"...

"Au moment de son grand départ nous avons chanté avec Joel son amoureux, Ann et Catherine les chansons que Brigitte aimait..."

"C'était avant tout une femme libre... et gaie, multi-talentueuse et généreuse !!! " dit sa soeur Catherine, qui évoque les broderies de Brigitte et les fameux tee shirts "Sauvez la mer".

Puis Jérome de me confier pour conclure, intarissable, dans ses propos chargés de l'admiration et l'amour qu'il portait à sa soeur. 

"Brigitte était comme ça... ne partageant pas les mêmes sujets ou analyses selon les personnes avec qui elle parlait. C'était à la fois une qualité mais aussi un défaut car si elle s'était fait une idée sur quelqu'un c'était très difficile de la faire changer d'avis. Si elle avait décidé de quitter un ami, un amant c'était très direct, pas de simagrées.

Un peu marseillaise sur les bords, elle avait une propension à grossir les choses du quotidien, les anecdotes. Du coup cela va dans le sens de ce que je disais précédemment, elle était très entière mais comme tout le monde elle avait plusieurs facettes. Elle ne montrait pas les traits de son caractère de fait son avis pouvait être compris différemment par certains.

Elle choisissait ses amies et aimait chacun pour des raisons différentes
Elle était très intuitive et se trompait quelque fois mais pas trop souvent.

Complexe elle apparaissait très monolithique et il fallait bien bien la connaître pour voir ses petites fêlures. Elle était tellement forte que si vous aviez une aiguille dans le bras, elle vous aidait à l'enlever, n'hésitant pas une seconde alors qu'elle en avait deux dans les jambes. Elle ne le disait que plus tard et si la conversation s'y prêtait. Elle ne voulait pas montrer ses faiblesses. "

"Elle n'a fait que travailler, et travailler encore. D'où la difficulté de séparer son œuvre de son caractère...."

Ma soeur était un feu d'artifice, beaucoup, beaucoup de travail et des facilités au départ.
On ne pouvait pas passer à côté sans le voir..."

"Quand je serai vieille je serai une vieille dame indigne"


S'il faut une conclusion au portrait de cette artiste disparue, pour autant que l'on puisse résumer une vie en quelques lignes, j'aime assez cette phrase citée par son amie Muriel Lecointe. C'est celle qui reflète sans doute le mieux la liberté gentiment provocatrice et boute en train de la personnalité haute en couleurs de Brigitte Savy. Du moins, c'est ce que j'en ai compris à travers les témoignages de ceux qui l'aimaient :


"Quand je serai vieille je serai une vieille dame indigne" disait-elle en rigolant...

Elle n'a jamais été vieille et encore moins indigne... mais on pourrait aisément l'imaginer !

 
Quelques uns de ses travaux













Hommage  : Gravures inédites de B.Savy et J.C Monot de 1986, exposées au Jardin de Victor et Jocelyne Caniato le samedi 27 mai 2017.







Pour retrouver l'oeuvre de Brigitte SAVY

myspace.com/brigittesavy

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