samedi 13 février 2016

"Liberté J'écris ton nom"... Fernand Léger et Paul Eluard, Talents croisés



Au Musée de Biot 

EXPOSITION AUTOUR DU POÈME "LIBERTÉ", PAUL ÉLUARD ET FERNAND LÉGER EN DIALOGUE


"Il n'y a pas de beau hiérarchise, catalogué.
Le beau est partout." dit Fernand Léger

Cette ode à la liberté et à la paix, est un magnifique message d'espoir de la part de deux grands artistes du siècle dernier qui défendent leur idéal de vie à travers une oeuvre commune. La beauté du poème d'Eluard, magnifié par l'illustration de son ami à titre posthume, d'autant plus émouvant quand on les replace dans le contexte de cette difficile période d'après guerre...





"Liberté j'écris ton nom..."
Recueil "Poésie et Vérité" - Paul Eluard 1942


Sur mes cahiers d’écolier
Sur mon pupitre et les arbres

Sur le sable sur la neige
J’écris ton nom

Sur toutes les pages lues
Sur toutes les pages blanches
Pierre sang papier ou cendre
J’écris ton nom

Sur les images dorées
Sur les armes des guerriers
Sur la couronne des rois
J’écris ton nom

Sur la jungle et le désert
Sur les nids sur les genêts
Sur l’écho de mon enfance
J’écris ton nom

Sur les merveilles des nuits
Sur le pain blanc des journées
Sur les saisons fiancées
J’écris ton nom

Sur tous mes chiffons d’azur
Sur l’étang soleil moisi
Sur le lac lune vivante
J’écris ton nom

Sur les champs sur l’horizon
Sur les ailes des oiseaux
Et sur le moulin des ombres
J’écris ton nom

Sur chaque bouffée d’aurore
Sur la mer sur les bateaux
Sur la montagne démente
J’écris ton nom

Sur la mousse des nuages
Sur les sueurs de l’orage
Sur la pluie épaisse et fade
J’écris ton nom

Sur les formes scintillantes
Sur les cloches des couleurs
Sur la vérité physique
J’écris ton nom

Sur les sentiers éveillés
Sur les routes déployées
Sur les places qui débordent
J’écris ton nom

Sur la lampe qui s’allume
Sur la lampe qui s’éteint
Sur mes maisons réunies
J’écris ton nom

Sur le fruit coupé en deux
Du miroir et de ma chambre
Sur mon lit coquille vide
J’écris ton nom

Sur mon chien gourmand et tendre
Sur ses oreilles dressées
Sur sa patte maladroite
J’écris ton nom

Sur le tremplin de ma porte
Sur les objets familiers
Sur le flot du feu béni
J’écris ton nom

Sur toute chair accordée
Sur le front de mes amis
Sur chaque main qui se tend
J’écris ton nom

Sur la vitre des surprises
Sur les lèvres attentives
Bien au-dessus du silence
J’écris ton nom

Sur mes refuges détruits
Sur mes phares écroulés
Sur les murs de mon ennui
J’écris ton nom

Sur l’absence sans désir
Sur la solitude nue
Sur les marches de la mort
J’écris ton nom

Sur la santé revenue
Sur le risque disparu
Sur l’espoir sans souvenir
J’écris ton nom

Et par le pouvoir d’un mot
Je recommence ma vie
Je suis né pour te connaître
Pour te nommer

Liberté.


Ce poème écrit en 1942 par Paul Eluard dans le recueil clandestin "Poésie et Vérité" réalisé en osmose avec les avant-gardistes littéraires et artistiques est avant tout une oeuvre de propagande.

Ecrit au nom de la résistance à son retour de la guerre, il devient un des emblèmes du mouvement, et sera même parachuté par les avions britanniques au dessus du sol français la même année.

Pendant la période d'après guerre ce poète engagé, s'inscrit dans le style surréaliste qui se définit comme "dictée de la pensée en l'absence de tout contrôle exercé par la raison, en dehors de toute préoccupation esthétique et morale" (Manifeste du surréalisme).

Fernand Léger, artiste indépendant, mais sensible aux influences artistiques de ses contemporains surréalistes, dadas, fauves, cubistes, s'intéresse également aux modernisme du monde et aux progrès technologiques des américains rencontrés lors de son exil aux Etats Unis. A son retour en France, il retrouve Paul Eluard, avec lequel il fréquente le même cercle d'artistes, également touché par les aspirations idéologiques de ses amis pendant cette époque troublée. Leur engagement commun au Parti Communiste et au Mouvement international pour la paix les rapprochera en effet et sera à l'origine de leur amitié, jusqu'au décès prématuré du poète en 1952.

Un an après la mort de son ami, Fernand Léger réalise en son hommage, l'illustration du poème "Liberté"sous forme d'un livre plié en accordéon de 33 centimètres.

En 2015 le musée Fernand Léger à Biot ayant pu acquérir la première édition limitée du poème revient sur l'histoire forte des parcours croisés de ces deux artistes.






Quand "les Enfoirés" le mettent en musique




Biographie de Fernand Léger


"Fernand Léger naît en 1881, à Argentan, en Normandie. Doué, dès son plus jeune âge pour le dessin, il commence par travailler dans un cabinet d'architecture, avant de venir à Paris intégrer l'Ecole des Arts Décoratifs. Ses premières oeuvres sont marquées par l'Impressionnisme, avant que la découverte du travail de Paul Cézanne ne l'oriente vers le cubisme, juste avant 1910.

Après la Première Guerre, les éléments mécaniques, symboles de la modernité, font leur apparition dans ses toiles.

Les années 20 sont une période foisonnante en commandes, rencontres et créations. Illustrant des textes, dont Blaise Cendrars, travaillant pour le cinéma, notamment avec Abel Gance, il découvre, par l'entremise de son marchand Léonce Rosenberg, le travail de Piet Mondrian, et collabore avec Le Corbusier. Sa réflexion, influencée par le cinéma, l'amène à conduire des recherches sur la place de l'objet libérer de tout support, défiant l'apesanteur. L'oeuvre majeure de cette période est "La Joconde aux clés".




Les années 30 sont marquées par une reconnaissance internationale, et l'Université de Yale lui demande de venir faire des conférences sur"l'action de la couleur dans l'architecture". Et c'est tout naturellement qu'il prend le chemin des Etats Unis, dès l'entrée en guerre de 1939. Il y réalisera la célèbre série des "Cyclistes", mais aussi beaucoup de paysages, dans lesquels les machines agricole (encore un symbole de la modernité) sont très présentes.


L'après-guerre est marqué par son travail sur les bas-reliefs polychromes, mais aussi sur les vitraux. Côté peinture, il réalise l'un de ces chefs d'oeuvre"Les Constructeurs".

Les oeuvres de la fin de sa vie, sont liées à une certaine joie de vivre, comme "La Grande Parade"et la série des Parties de campagne. Il meurt en 1955. A Biot, sur une proprièté achetée juste avant sa mort, un musée entièrement dédié à son oeuvre sera inauguré en 1960."

de Natacha PELLETIER pour "PASSION ESTAMPES"






Cirque Jaune 


Chaise 


Jazz 


la Joconde aux clefs 

Trois femmes aux fleurs 



Adieu à New York 1946

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