lundi 8 mai 2017

Brigitte Savy est partie faire "le grand voyage"


"Brigitte Savy, une artiste libre... ou la dame en rouge et noir" de Valérie Morales.






Une fois de plus, ce blog me permet de faire de belles rencontres... par hasard, au détour d'une conversation, il y a tant à partager...

Ici il s'agit d'une artiste graveur-sculpteur, taille-doucière (gravure en taille douce) comme elle se définissait elle-même, car elle nous a quittés il y a 2 ans.


C'est à la sortie d'une avant-première de spectacle que je l'ai "rencontrée" à travers une de son amie Angela White. Autour d'une table, encore toutes exaltées par la sublime Barbra Streisand que nous venions de redécouvrir, nous "philosophions" à propos des femmes peu ordinaires, ne rentrant pas forcément dans le moule, artistes, souvent mal reconnues ou tard, ou même jamais... 
Et c'est à cet instant précis qu'elle m'a dit : "J'en ai connu une comme ça, dommage, et maintenant c'est trop tard ... car elle est partie... C'était mon amie."
Ces mots m'ont soudain mis les larmes aux yeux. Bouleversée, j'ai promis à la jeune artiste face à moi que, moi, je ne l'oublierai pas.
Et que nous allions lui rendre hommage...

C'est à la suite d'une longue conversation passionnée, pleine d'émotions avec son frère Jérôme Savy, à propos de l'artiste et de la femme qu'elle était, que j'ai écrit cet article.

Le portrait qu'il m'en a fait, ainsi que quelques témoignages de sa soeur Catherine Savy, et Muriel Lecointe, son amie, m'ont laissé la même impression : les descriptions bien que différentes, toutes chargées de beaucoup d'amour, furent unanimes, décrivant une femme libre, généreuse et pardessus tout joyeuse.

Et puis de sa vie, on dit qu'elle était très entourée, tout le temps, jusqu'au bout, avec des liens forts, les partageant avec les personnes qu'elle aimait et aussi qu'elle débordait d'envies et de passions. 

Une artiste précoce

La petite lyonnaise, Brigitte Savy, est née le 16 juin 1955.
Déjà toute jeune elle dessinait en cachette ou presque, traversant la ville pour prendre des cours de dessin à peine âgée de neuf ans. A l'école, contre l'avis de ses parents, on l'encourageait. Il faut dire que très vite on sentait cette frénésie innée, comme une urgence, de créer, de dessiner, avec une justesse étonnante dans son sens des proportions. Ses carnets de croquis étaient magnifiques et d'une grande richesse, foisonnant d'idées plus créatives les unes que les autres.
Alors, malgré son jeune âge, après les cours du soir et avec beaucoup d'avance, elle entra aux Beaux Arts sans le baccalauréat, par dérogation, à l'age de 16 ans. Cela grâce à sa mère, contre l'avis de son mari, aujourd'hui âgée de 89 ans et qui peint toujours de la porcelaine.

Après les Beaux arts, la peinture et les arts plastiques, Brigitte Savy se retrouve comme d'autres artistes, prise au piège d'un mouvement artistique où les supports disparaissaient.
Brigitte, elle, voulait garder son libre arbitre et surtout son propre style.
Est ce pour cela qu'elle se dirigera vers la gravure ?
Le noir et blanc des gravures se prêtaient si bien à l'illustration de sa vision du monde. Un monde manichéen où l'obscurité et la lumière se côtoient sans cesse.
A coups de symboles cachés....

Une militante au coeur vaillant

Oui, c'était une militante. Pas une forcenée, comme certaines femmes qui n'hésitent pas à s'exhiber seins nus. Ni sexiste, ni célibataire endurcie, ayant été mariée pendant douze ans et à nouveau en couple jusqu'au bout avec son dernier compagnon. Simplement désireuse de défendre des valeurs qui lui semblaient justes, équitables.
A sa manière, Brigitte Savy a toujours souhaité défendre le rôle de la femme dans la société... et l'a prouvé, à travers l'art, avec force et courage.

Avec ses armes à elle, dans l'art, elle faisait passer ses messages. "Femen, avant l'heure, se servant des corps nus des gravures pour affirmer un combat contre le sexisme" affirme Jérôme Savy. On retrouve en effet dans ses sculptures masculines avec leurs sexes en érection, sa volonté de s'affirmer en tant que femme artiste dans un monde d'hommes.
Les traits étaient tranchés, vifs, comme martelés,
Son monde était droit juste et équilibré. Et elle le défendait haut et fort.
Encore davantage dans sa lutte pour l'égalité hommes femmes.

Le thème du cavalier Ramplin, vainqueur célèbre des jeux de la Grèce antique, revient souvent, comme une affirmation de sa personnalité de grande battante.

S'inspirant de Michel Ange, elle était en quête de grands formats et le gigantisme de certaines de ses oeuvres semblaient donner encore plus de poids à ses revendications.

Ni obsessionnelle ni artiste maudite, juste déterminée, acharnée même dans sa vision poétique de la véritable femme, portée avec force. De travaux titanesques aux oeuvres reprises et travaillées maintes fois elle déployait une énergie incroyable, menant parfois plusieurs projets à la fois, et ce pendant de nombreuses années..

Curieuse elle avait exploré diverses techniques différentes et utilisait des objets de toutes sortes, issus de la nature, terre cuite, craquelée, ou récupérés dans les déchets rejetés par la production humaine.

"Elle aimait ce contact avec les éléments, la peau, le métal, l'encre. C'est pour ça aussi que la gravure lui plaisait c'était à la fois un jeu, une découverte, et à la fois une volonté farouche de dominer ses éléments, ne pas laisser le hasard s'immiscer dans l'art. Que tout soit maîtrisé, Et quand le hasard se mêlait c'était qu'elle lui avait ouvert la porte. " nous explique son frère Jérôme.

"Les niveaux de gris subtils et innombrables, rajoutaient au discours manichéen toute l'envie d'être au plus près à la fois de l'esthétisme et du fond du discours. 
Que de papier déchirés pour obtenir le bon dégradé, que de pansements sur les paumes de main car peau contre métal était la seul solution pour un rendu exact. Une façon à elle de nuancer le discours tranché, avec toute la sensualité du geste."

Toujours là pour les autres... et les autres pour elle : témoignages

Généreuse et bienveillante, Brigitte Savy, a non seulement passé sa vie a défendre ses convictions mais également à protéger ses proches et amis, toujours présente pour leur apporter son aide, les rebooster en leur insufflant cette belle énergie vitale qui était sienne.
Pour elle-même nul besoin d'aide, pensait-elle, libre et indépendante comme elle l'était et digne.
Pour autant dans la vie, comme dans la maladie ensuite, Brigitte fût toujours très entourée.

Brigitte était très liante et appréciée. Ses amis Muriel Lecointe, Angela White, Ann, son conjoint Joel, sa soeur Catherine Savy, son frère Jérome Savy, son oncle Pierre et sa tante Liliane, tous ses amis artistes, et tant d'autres (Victor et Jocelyne Caniato, Hélène et Richard Jospé, Barbara Weibel et Rouby, Christine Fabre et André LeMauff, sa belle-fille Léa, Jean Antonini et Merette, Jocelyne Girard Besson, Catali Antonini et Stéphane Pelegri ...) qui pourraient eux aussi en témoigner.

"Chacun a son " bout " d’amitié et d’amour de Brigitte. C’est ce qui construit un être humain. Forte et fragile à la fois..." dit son amie Muriel Lecointe.

"L'accompagnement fût à la hauteur des amitiés fortes et tendres qu'elle entretenait"

"Trois jours avant son départ, nous avons été prises par un joyeux fou-rire toutes les trois Brigitte, sa soeur Catherine et moi.... "Elle aimait rire, nous partagions aussi de joyeuses rigolades".

"Brigitte c’était la Vie, la légèreté, la sensualité, la danse comme ces corps qu’elle dessinait, elle aimait la Vie... provoquant avec tendresse, très fidèle en amitié..."

"Nous nous retrouvions souvent pour des fêtes improvisées dans son atelier et c’était toujours des moments de partages festifs gais, bien arrosés et joyeux. Partages mémorables!"...

"Au moment de son grand départ nous avons chanté avec Joel son amoureux, Ann et Catherine les chansons que Brigitte aimait..."

"C'était avant tout une femme libre... et gaie, multi-talentueuse et généreuse !!! " dit sa soeur Catherine, qui évoque les broderies de Brigitte et les fameux tee shirts "Sauvez la mer".

Puis Jérome de me confier pour conclure, intarissable, dans ses propos chargés de l'admiration et l'amour qu'il portait à sa soeur. 

"Brigitte était comme ça... ne partageant pas les mêmes sujets ou analyses selon les personnes avec qui elle parlait. C'était à la fois une qualité mais aussi un défaut car si elle s'était fait une idée sur quelqu'un c'était très difficile de la faire changer d'avis. Si elle avait décidé de quitter un ami, un amant c'était très direct, pas de simagrées.

Un peu marseillaise sur les bords, elle avait une propension à grossir les choses du quotidien, les anecdotes. Du coup cela va dans le sens de ce que je disais précédemment, elle était très entière mais comme tout le monde elle avait plusieurs facettes. Elle ne montrait pas les traits de son caractère de fait son avis pouvait être compris différemment par certains.

Elle choisissait ses amies et aimait chacun pour des raisons différentes
Elle était très intuitive et se trompait quelque fois mais pas trop souvent.

Complexe elle apparaissait très monolithique et il fallait bien bien la connaître pour voir ses petites fêlures. Elle était tellement forte que si vous aviez une aiguille dans le bras, elle vous aidait à l'enlever, n'hésitant pas une seconde alors qu'elle en avait deux dans les jambes. Elle ne le disait que plus tard et si la conversation s'y prêtait. Elle ne voulait pas montrer ses faiblesses. "

"Elle n'a fait que travailler, et travailler encore. D'où la difficulté de séparer son œuvre de son caractère...."

Ma soeur était un feu d'artifice, beaucoup, beaucoup de travail et des facilités au départ.
On ne pouvait pas passer à côté sans le voir..."

"Quand je serai vieille je serai une vieille dame indigne"


S'il faut une conclusion au portrait de cette artiste disparue, pour autant que l'on puisse résumer une vie en quelques lignes, j'aime assez cette phrase citée par son amie Muriel Lecointe. C'est celle qui reflète sans doute le mieux la liberté gentiment provocatrice et boute en train de la personnalité haute en couleurs de Brigitte Savy. Du moins, c'est ce que j'en ai compris à travers les témoignages de ceux qui l'aimaient :


"Quand je serai vieille je serai une vieille dame indigne" disait-elle en rigolant...

Elle n'a jamais été vieille et encore moins indigne... mais on pourrait aisément l'imaginer !

 
Quelques uns de ses travaux













Hommage  : Gravures inédites de B.Savy et J.C Monot de 1986, exposées au Jardin de Victor et Jocelyne Caniato le samedi 27 mai 2017.







Pour retrouver l'oeuvre de Brigitte SAVY

myspace.com/brigittesavy

Gil Loison de l'école à la colle


Gil Loison de l'école à la colle 
En sortant du vieux Lyon... une exposition.
de Valérie Morales



De passage à Lyon il y a quelques semaines, j'ai découvert une exposition dont l'artiste m'a touchée par la simplicité bienveillante de son accueil et son humilité face à la qualité de son travail.  
Professeur de sport et artiste à la fois, il allie avec talent la rigueur et la sensibilité de ces deux disciplines.

Gil Loison, colle recycle... et crée des toiles avec du papier recyclé, de l'affiche au papier peint... 
Son oeuvre originale et poétique est le reflet de ses principales passions : sport, musique, voyages... 

Artiste aux multiples facettes il célèbre aussi avec sensualité la beauté féminine également largement représentée. 

C'est avec beaucoup de plaisir que l'on se retrouve dans l'univers simple doux et coloré de Gil Loison.

« Je dessine mon œuvre sur une grande feuille blanche et ensuite, tout comme un peintre apposant sa couleur sur la toile, je colle mes petits triangles de papier selon ma préférence sur mon tableau… Comme un puzzle !!!!
A la place des pinceaux, je travaille essentiellement avec les cutters, les ciseaux, pince à épiler et tubes de colle… » par Gil LOISON.

Sa biographie

Né en 1967 en France près de Lyon

Gil LOISON s’essaie aux premiers dessins au fusain vers l’âge de 13 ans

Sa passion dès le plus jeune âge est le sport (la gymnastique ARTISTIQUE aux agrès qu’il a débuté à 4 ans)

Il veut à l’adolescence également, s’évader un peu plus dans ses rêves par ses 1er dessins et poèmes avec une première exposition dans son propre collège sous l’insistance de certains camarades de classe

Son premier tableau, il le réalise à 14 ans sur un grand Buvard de 50 X 70 cm ou il représente à l’aquarelle, des figures géométriques et des lettres dans tous les sens….

Mais , ce n’est que depuis les années 2000 que GIL LOISON s’est mis plus « concrêtement » à la pratique ARTISTIQUE…..

Il s’essaye à l’aquarelle, aux pastels, à la peinture à l’huile puis explore la technique du collage en observant le travail de MARIA BERLIOZ, une amie artiste de Lyon, qui lui confère quelques petites astuces dans le domaine et surtout le pousse à faire ses premières EXPOS autour de LYON…

FAN du travail surréaliste de S. DALI ainsi que de celui de PICASSO, il aime représenter les grands espaces, la sensualité du corps féminin et l’univers de la femme en général ainsi que l’évasion en rapport avec l’eau .

Son travail consiste à récupérer et à recycler des morceaux de papiers provenant de chutes de tapisseries, de pubs, de vieilles affiches déchirées et autres documents de différentes couleurs pour en faire des TABLEAUX ARTISTIQUES….

Quelques unes de ses oeuvres













Sa dernière exposition




Adresse Facebook : Gil Loison, collages artistiques

samedi 1 avril 2017

Vermeer, une veritable "perle" de la peinture Hollandaise



"La jeune fille à la perle" le trésor de Vermeer
par Valérie Morales.

Qu'est ce qui rend cette oeuvre unique et comment expliquer l'inexplicable ? Car "La jeune fille à la perle" n'est pas l'oeuvre de Vermeer qui l'a rendu célèbre... et cependant elle l'a rendu incomparable.

Tout le monde connaît "La laitière" et "La dentellière" rendus célèbres dans notre monde moderne par la publicité. 
La plupart d'entre nous reconnaissent les ambiances des scènes intimistes à la Vermeer avec ses jolis clairs obscurs, ou encore ses paysages lumineux comme "La Vue de Delft". Tout comme aujourd'hui où l'on peut voir vivre les hollandais à travers les fenêtres de leurs maisons, les peintures de Vermeer témoignent  de la vie quotidienne du 17eme siècle. Ses personnages, notables, ou simples artisans acteurs dans ces scènes "dites de genre" intriguent et fascinent. 
"La jeune fille à la perle" quant à elle, nous touche profondément.

Si un cinéaste a su rendre crédible l'idée d'une histoire d'amour platonique et inavouable entre le peintre et sa servante, c'est sans doute que l'amour a joué son rôle. 
Quelle que soit la véritable histoire de cette oeuvre, ou que l'on veut lui prêter, on ne peut s'empêcher d'être sensible à la pureté ingénue de la jeune femme. 

C'est certainement une forme de cette émotion unique, quel que soit le nom qu'on lui donne, qui a servi le peintre dans un "instant" de grâce. Il ne s'agit pas seulement de la délicatesse des traits, ni de la lumière qui éclaire le velouté de la peau ou le modelé tout en rondeur de son visage enfantin ou encore de cette jolie pudeur dans son regard alors qu'elle s'expose au maître.  

Il y a là une vraie femme d'une authentique simplicité. C'est cette beauté-là que le peintre sublime par son oeil débordant de tendresse et de respect, qui révèle le meilleur de lui-même... et à mon sens de son oeuvre !

"Une minute de la vie du monde passe", a dit Cézanne, peins-la comme elle est."


"Comment parler de Vermeer après tant de maîtres qui en ont parlé de façon incomparable?
Mais comment ne pas en parler surtout quand est proposée à Paris, au MUSEE DU LOUVRE, une exposition rassemblant douze de la trentaine de toiles du génial peintre de Delft?"

"C'est le temps que peint Vermeer. Pas le temps proustien, qui foisonne, se ramifie et se plaît en méandres, ce temps qui coule en butant surtout et en se mêlant de tout, mais la persévérance en acte, le temps, qui n'est rien de senti, de la chose qui dure, le temps fondamental et immobile de la présence." dit Gilles Aillaud dans le livre "Vermeer" de John Michael Montias, Albert Blankert et Gilles Aillaud

Pour Malraux, dans "la Monnaie de l'absolu", "L'histoire de l'art tout entière, quand elle est celle du génie, devrait être une histoire de la délivrance."



(Extraits du Huffington Post 23 Mars 2017)

Alors voilà, sans doute ce dont il s'agit cette impression de temps suspendu de rédemption de grâce infinie et d'amour retenu... 

Comme illuminé, transcendé, le peintre rend compte de tout ce que sa sensibilité perçoit et nous le dévoile avec une sincérité absolue. 

Dans sa vie austère, un quotidien morose sans doute, malgré le ciel chargé des Pays Bas, une lumière étrange illumine ses toiles. Il se livre et se délivre...
La délivrance, voilà précisément ce qui nous concerne et nous touche tous... infiniment.


Une explication sans doute.



Au musée du Louvre du 22 février au 22 Mai 2017 : "Vermeer et les peintres de genre"











Biographie 

Johannes ou Jan Vermeer est un peintre néerlandais du xviie siècle, né à Delft (Pays Bas) en 1632, mort en cette même ville en 1675.

Moins d'une quarantaine de tableaux de Vermeer sont parvenus jusqu'à nous. Ils sont répartis dans des musées, en Europe et aux États-Unis, ou dans des collections particulières. Certains d'entre eux sont signés ; d'autres ne lui sont pas attribués avec certitude.

En vingt ans, de 1655 à 1675, Vermeer a peint principalement des portraits et des intérieurs montrant des scènes de la vie domestique, auxquels s'ajoutent quelques sujets religieux et un paysage, la Vue de Delft.

Son style est raffiné. Il travaillait lentement et avec méticulosité. Ses œuvres se distinguent par des couleurs claires, avec une prédilection pour l' outremer et le jaune, la maîtrise dans le traitement de la lumière et une composition idéale, créant une impression de paix dans un monde parfait.

Après avoir été pratiquement oublié durant près d'un siècle, Vermeer fut redécouvert au milieu du XIXe siècle. Il est à présent reconnu, avec Rembrandt, comme l’un des plus grands peintres du siècle d'or néerlandais.

Vermeer était un peintre de genre. Il ne semble jamais avoir été particulièrement riche, laissant sa femme et ses enfants dans les dettes à sa mort, peut-être parce qu'il produisit relativement peu de peintures. Vermeer travaillait lentement et avec beaucoup de soin, en utilisant des couleurs vives et des pigments quelques fois coûteux, avec une préférence pour le bleu électrique et le jaune. Il est particulièrement célèbre pour son traitement magistral de la lumière.

Vermeer peignait surtout des scènes d'intérieur. Presque tous ses tableaux ont apparemment été réalisés dans deux chambres de sa maison de Delft. Ils montrent les mêmes meubles et les mêmes décorations dans des arrangements différents et ils dépeignent souvent les mêmes personnes, principalement des femmes.

Connu de son vivant à Delft et La Haye, sa modeste célébrité a cédé la place à l'oubli après sa mort. Il a été à peine mentionné dans le livre de Arnold Houbraken, la principale source sur la peinture hollandaise du 17e siècle et a donc été omis dans les recherches ultérieures sur l'art néerlandais pendant près de deux siècles. Vermeer a été redécouvert au 19e siècle par Gustav Friedrich Waagen et Théophile Thoré-Bürger qui ont publié un essai lui attribuant 66 tableaux, bien que seulement 34 toiles lui soient universellement attribuées aujourd'hui. La réputation de Vermeer a augmenté avec le temps et il est maintenant reconnu comme l'un des plus grands peintres de l'âge d'or hollandais.

La réputation de Vermeer a augmenté avec le temps et il est maintenant reconnu comme l'un des plus grands peintres de l'âge d'or hollandais.

On en sait relativement peu sur la vie de Vermeer. Il semble s’être exclusivement consacré à son art, vivant dans la ville de Delft, en Hollande-Méridionale. Au 19e siècle, les seules sources d'information étaient certains registres, quelques documents officiels et les commentaires d'autres artistes. Comme la plupart des peintres de son temps, Vermeer a probablement d'abord exécuté ses peintures tonales en utilisant soit des nuances de gris ou une palette limitée de bruns et de gris sur lesquels des couleurs plus saturées ont été appliquées sous forme de glacis. Vermeer produisait des couleurs transparentes par l'application sur la toile de peinture en couches faiblement granuleuses, une technique appelée pointillée, à ne pas confondre avec le pointillisme. Aucun dessin n’a été attribué à Vermeer et ses peintures offrent peu d'indices quant à ses méthodes de préparation.

David Hockney, entre autres historien et défenseur de la thèse Hockney-Falco, a émis l'hypothèse que Vermeer aurait utilisé une chambre noire afin de créer un point de vue précis dans ses compositions, affirmant que cette hypothèse est soutenue par certains effets de lumière et de perspective dans les oeuvres du peintre. Toutefois, les historiens contestent cette théorie de l'utilisation de la chambre noire disant que, mis à part la précision du reflet dans le miroir observé au-dessus du piano dans La leçon de musique, il n'existe aucune preuve historique concernant l'intérêt de Vermeer pour l'optique. De plus, l'inventaire détaillé des biens de l'artiste rédigé après sa mort ne comprend pas de chambre noire ni d'autre dispositif similaire. Bien que Philip Steadman ait établi que six des tableaux de Vermeer auraient eu exactement la bonne taille pour être placés dans une chambre noire, de façon à ce que les images soient projetées sur le mur du fond de son atelier, les plus récentes théories à ce sujet suggèrent que Vermeer eut utilisé un simple miroir pour concevoir ses effets de perspective aussi précis.

Inspiré des observations de Léonard de Vinci au sujet des couleurs voulant que la surface de chaque objet participe à la couleur de l'objet adjacent, Vermeer utilisait des couleurs des pigments de couleur hors de prix afin de créer les reflets colorés de ses scènes intérieures très éclairées : des couleurs de terre comme l'ocre et l'ambre et des pigments bleus comme la poudre de lapis-lazuli. De cette façon, il arrivait à créer un monde plus parfait que tout ce qu'il avait vu.

Un exemple encore plus remarquable et efficace des reflets créés par l'utilisation de ces couleurs dans ses tableaux est visible dans La fille au verre de vin. Les ombres de la robe de satin rouge sont créés grâce à l'application d'une couche de peinture bleue sous-jacente au rouge vermillon. Le mélange appliqué acquière un aspect légèrement pourpre, incroyablement puissant.

Puisque Vermeer a continué d'utiliser généreusement ces pigments dispendieux même après la crise économique de 1672, certains avancent que Vermeer était fourni en matériel d'art par un collectionneur. Cette hypothèque coïncide avec la théorie de John Michael Montias selon laquelle Pieter van Ruijven était un mécène de Vermeer.

Ses œuvres sont généralement des pièces de genre et des portraits, à l'exception de deux paysages urbains et deux allégories. Ses sujets offrent une coupe transversale de la société néerlandaise du XVIIe siècle, allant de la représentation d'une simple trayeuse au travail, au luxe et à la splendeur des riches notables des navires marchands dans leurs maisons spacieuses. Outre ces sujets, du religieux, des commentaires poétiques, musicaux et scientifiques peuvent également être trouvés dans son travail.

dimanche 12 mars 2017

Helmut Newton ou cinquante nuances de gris







"Helmut Newton ou cinquante nuances de gris..." 
de Valérie Morales

Voilà la façon dont je conçois la photographie... ce n'est que de la beauté. La vraie beauté. Parfois dans ce qu'elle a de plus pur, la nudité la plus absolue ou un visage sans fard ...

Et puis parfois une scène devient sophistiquée, le décor c'est le personnage, ou aussi l'inverse... Il se pare, se travestit, fait effet sur une scène où il ne devrait pas avoir sa place.

Pas même les scènes sexuelles surprenantes, parfois décalées, mais jamais vulgaires.

Il n'y a rien de superflu d'inutile dans la photographie d'un tel artiste.

Car chaque photo est d'une élégance raffinée qui sublime la lumière autour de chacun de ses sujets.

Comme un peintre Helmut Newton prépare ses compositions... il commence par un Polaroïd puis il execute son oeuvre..

Quand arrive le portraitiste que ce soit dans l'expression vulnérable d'un regard ou dans la fragilité du velouté de sa peau "l'icône" redevient simple humain et nous touche dans sa profondeur. L'artiste est alors à son sommet et le "tableau" est incomparable.

Le génie de ce photographe c'est d'avoir su imposer en son temps, dans un milieu régit par ses propres codes, une vraie liberté de ton.

Les personnages de ses photos, qu'ils soient connus du grands public, icônes de la mode, du cinéma ou simples passants deviennent les acteurs d'une véritable scène de film.

Chacun y a sa place, son identité, quelque soit son origine ou son sexe, et s'affirme dans sa singularité.

Dans les photos d'Helmut Newton, pas de hiérarchie, ni d'idées préconçues. Les tabous son exclus... tous les tabous ! Le tout avec une classe absolue.

Quand aux femmes, elles sont encore plus libres et bien plus belles qu'elles ne l'ont jamais été. Là où la mode a longtemps figé leur beauté dans une simple élégance, les modèles de Newton sont l'expression même de l'esprit et de l'individualité.

Dans les nus, leur sensualité impudique et affirmée tout en révélant leur féminité, en fait des femmes symboles, fortes de leur pouvoir de séduction.

Leur beauté est alors à son apogée.














Pour en savoir plus....


Article de Matthias Harder - Conservateur en chef de la Fondation Helmut Newton

Il ne fait aucun doute qu'Helmut Newton est l'un des plus grands photographes du XXème siècle. Ses extraordinaires photographies de mode, ses portraits et ses nus continuent d'être montrés à ce jour. Ainsi, nous retrouvons également ces trois principaux genres dans cette exposition. Passant au-delà des formes traditionnelles de la narration, la photographie de mode de Newton est imprégnée d'élégance luxueuse et de séduction subtile, de citations culturelles et d'un sens de l'humour surprenant. Tout en vivant à Paris et Monte Carlo dans les années 70 et 80, le photographe a développé un style inimitable, y compris le jeu ou le mépris total pour les tabous.


Newton a travaillé pour de nombreux magazines internationaux et aussi directement avec des designers et des maisons de mode. Il est de notoriété publique que la mode féminine vise à séduire et que les photographes sont engagés pour cela. Dans les années 70, Newton a décidé d'aller plus loin en usant de la nudité réticente ou pure dans le monde visuel de la mode. Dans des hôtels luxueux, il fait glisser avec suggestion la bretelle du modèle pour révéler son sein, tandis que pour une prise de vue nocturne dans une allée parisienne, il fait poser une seconde femme nue au côté d'un modèle vêtu d'un smoking Yves Saint-Laurent. Alors que ces images insolites étonnaient et provoquaient dans le décor, elles révolutionnaient surtout la photographie de mode. En outre, les photographies de Newton renvoient à la transformation du rôle des femmes dans la société occidentale de l'époque.


Le potentiel créatif d'Helmut Newton était déjà présent dans son travail de mode des années 60, et comme nous le savons aujourd'hui, il y avait de la marge de manœuvre. Les images subtiles qu'il a produites maintes et maintes fois ont fait plus que simplement décrire la mode ; elles proposent aussi commentaires et interprétation. Cela vaut en particulier pour ses commandes ultérieures pour Yves Saint-Laurent, Thierry Mugler et Blumarine. Newton mettait en scène la mode dans les rues, dans les espaces publics ou, comme il le disait, « dans la vie », plus souvent que dans le studio. Il a placé les femmes sur un piédestal métaphorique, qui, contrairement à la photographie de mode antérieure, ne renfermait plus de galanterie, mais faisait plutôt appel à la confiance en soi des femmes. Certaines de ses images en noir et blanc nous rappellent des scènes de films d'Hitchcock, alors que ses tirages en couleur pourraient passer pour être précurseurs des films de David Lynch.


Newton a décrit les femmes comme des créatures actives et attrayantes, affirmées et érotiques, qui semblent dominer le paysage, ainsi que les hommes qui apparaissent occasionnellement dans le décor. Sa fascination pour les femmes de caractère a atteint son zénith dans les années 80 avec la célèbre série plus grande que nature Big Nudes (Grands Nus). L'idée non conventionnelle de présenter la mode contemporaine avec des modèles vêtus et non vêtus dans les diptyques était un thème qu'il avait déjà travaillé au milieu des années 70. Avec ses Big Nudes et les images de sa série Naked and Dressed (Nu et Habillé), Newton avait ouvert une nouvelle dimension de l'image photographique humaine. Cette dernière série a été réalisée en plein air au printemps 1981 pour le magazine Vogue italien, suivie de plans en studio pour Vogue France quelques mois plus tard.


Il y a aussi des extraits de ces séries au sein de l'exposition Icônes à Nice. Une partie de l'exposition est tirée de la rétrospective Newton Work, organisée à l'occasion de son 80ème anniversaire. Une autre partie, intitulée Private Property Suites, est composée de 45 photos célèbres en noir et blanc sélectionnées par Newton lui-même en 1984.

La photographie de mode a toujours été l'aspect le plus important du travail de Helmut Newton. Ces dernières années, elle s'est libérée des magazines et est considérée comme un média de premier plan à part entière. De nombreuses expositions muséales ont suivi cette tendance. Le marché de l'art et de la vente aux enchères a propulsé des tirages de quelques photographes de mode classiques et contemporains à des hauteurs imprévisibles. C'était encore très différent dans les années 60 et 70, quand Irving Penn, Richard Avedon, William Klein ou Helmut Newton travaillaient dans des éditoriaux de magazines. Certaines de leurs photographies sont devenues iconiques et certaines de ces icônes peuvent être vues dans cette exposition.

Exposition Helmut NEWTON - " Icônes " 17 février – 28 mai 2017 au Musée de la Photographie Charles Nègre - 1, Place Pierre Gautier – 06300 Nice

Biographie

De père juif allemand et de mère américaine, le jeune Helmut suit ses études au lycée Werner von Trotschke de Berlin, puis à l'École américaine de Berlin. Il s'intéresse très tôt à la photographie et, dès 1936, devient l'élève de la photographe allemande Else Simon, dite « Yva », à qui il doit son style de photographie. Il quitte l'Allemagne nazie en 1938. Après avoir travaillé pendant un temps à Singapour, il émigre en Australie. Pendant la Seconde Guerre Mondiale, il rejoint l'armée australienne où il est affecté à la logistique.

En 1948, il épouse l'actrice australienne June Brunell. Après la guerre, il travaille comme photographe en indépendant, en réalisant des photos de mode ainsi que des travaux pour le magazine Playboy. À la fin des années 1950, il se concentre davantage sur les clichés de mode. Il s'installe à Paris en 1961 et devient un photographe de mode très productif. Ses travaux apparaissent dans de nombreux magazines, en particulier dans Vogue. Son style, parfois d'une subjectivité sensuelle, est marqué par l'érotisme, par des scènes stylisées et, souvent, par une violence sous-jacente. À partir de 1970, sa femme June se lance aussi dans la photographie, sous le nom d'Alice Springs.

Cette exposition, conçue spécialement pour le Musée de la Photographie, a été réalisée en collaboration avec la Fondation Helmut Newton à Berlin. La Ville de Nice tient à remercier son Conservateur, Monsieur Matthias Harder, qui a permis de montrer pour la première fois à Nice cet ensemble d’images devenues iconiques, ainsi que Madame June Newton, pour le soutien et l’aide apportés durant ces derniers mois.

1920 : Naissance d'Helmut Newton à Berlin

1930 – 1934 : Helmut Newton étudie au Heinrich von Treitschke Realgymnasium à Berlin-Schöneberg.

1934 – 1938 : Il réside à Berlin-Halensee.

1934 – 1935 : Il suit les cours à l'école américaine de Berlin-Schöneberg puis à l'école secondaire de Berlin-Grunewald.

1936 – 1938 : Il devient l’élève de la photographe de portrait, de nu et de mode Yva à Berlin-Charlottenburg.

1938 : Il s'enfuit de Berlin par le train vers Trieste, emmenant avec lui deux appareils photos. Il trouve du travail au Straits Times de Singapour.

1940 : Il arrive en Australie et sert pendant cinq ans dans l'armée australienne.

1946 : Il devient un citoyen australien.

1947 : Il rencontre l'actrice June Brunell, qui pose comme modèle pour lui. Ils se marient un an plus tard.

1956 : Il voyage à travers l'Europe. A Londres, il décroche un contrat d'un an à Vogue britannique et quitte le magazine 11 mois après. Puis il va à Paris avant de retourner à Melbourne où il obtient un contrat avec Vogue Australie.

1961: De retour à Paris, il s'installe dans le quartier du Marais et travaille à temps plein avec Vogue France. Il collabore occasionnellement pour Vogue britannique.

1964 – 1966 : Il est éditorialiste pour Elle France.

1964 : Il acquiert une maison et de la vigne à Ramatuelle, non loin de Saint-Tropez, où le couple passe ses vacances.

1966 : Il renouvelle son contrat avec Vogue France, avec Francine Crescent comme rédacteur en Chef.

1970 : June Newton (alias Alice Springs) commence sa carrière en tant que photographe. Lorsque son mari est malade, elle intervient pour une publicité pour des cigarettes.

1971 : Helmut Newton fait une crise cardiaque à New York. Il passe sa convalescence à l'hôpital de Colline Lennox, New York.

1975 : Il monte ses premières expositions dont sa première exposition personnelle à la Galerie Nikon à Paris. Le succès commercial ne se fait pas attendre.

1976 : Il publie son premier volume de photographies de femmes blanches.

1981 : Helmut et June Newton déménagent de Paris à Monaco, puis passent les mois d'hiver à Los Angeles.

1990 : Il obtient le Grand prix national de la photographie.

1992 : Il est décoré « Officier de l'Ordre des Arts, Lettres et Sciences » à Monaco, ainsi qu’à la Cérémonie de la Grande Croix du Mérite de la République Fédérale d'Allemagne.

1996 : Il est décoré « Commandeur de l'Ordre des Arts et Lettres » par le ministre français de la culture.

2000 : Une grande rétrospective itinérante est organisée pour son 80ème anniversaire, à la nouvelle galerie nationale Neue Nationalgalerie à Berlin, suivie de Londres, New York, Tokyo, Moscou et Prague, entre autres.

2003 : Un accord est signé pour la création de la fondation Helmut Newton à Berlin, avec la fondation du Patrimoine culturel prussien Stiftung Preussischer Kulturbesitz.

2004 : Helmut Newton meurt à Los Angeles. La fondation Helmut Newton ouvre peu de temps après sa mort.